Depuis les premiers mouvements politiques et sociaux, le peuple congolais a toujours réclamé la liberté, la justice, la paix, l'équité et le respect des droits humains, des valeurs fondamentales de la démocratie. Bien que le concept de démocratie n'ait pas été pleinement compris à l'époque, c'était déjà le rêve des ancêtres du peuple congolais.

 

Aujourd'hui, ce rêve démocratique perdure malgré les soubresauts politiques et économiques que connaît le pays. Le Centre d'études pour l'Action Sociale (CEPAS), une institution jésuite en RD Congo, a organisé ses journées sociales annuelles sous le thème "Raviver le rêve démocratique en RD Congo". Ces journées ont réuni une collaboration élargie avec d'autres institutions engagées dans la promotion des valeurs démocratiques, comme le CADICEC, le Centre Ebuteli et l'Université Loyola du Congo réaffirmant son engagement pour la démocratie et le développement du pays.

 

Ensemble, ces quatre organisateurs ont analysé en profondeur la situation socio-politique congolaise, notamment en lien avec les élections de 2023 et leur rôle dans la consolidation de la démocratie. Leur analyse s'est inspirée de la lettre de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo sur ces élections passées.

 

Une caractéristique notable de ces journées sociales a été la forte participation des jeunes, hommes et femmes, qui ont pris une part active aux discussions. Cela témoigne de l'engagement de la jeune génération dans l'action sociale et la quête démocratique pour le Congo, conformément aux objectifs du CEPAS.

 

Les Journées Sociales organisées par le CEPAS se sont déroulées sur trois jours, avec chaque journée consacrée à un sous-thème, et structurée autour de trois temps fondamentaux : panel, ateliers, et restitution en plénière.

 

La première journée, animée par le Père Rodrigue N'tungu, a porté sur l'analyse du parcours historique de la démocratie en RDC, à partir de l'expérience de la Conférence Nationale Souveraine. Le Professeur Thierry N'landu, initialement prévu pour parler du combat des Congolais pour la démocratie, a choisi d'être plus optimiste avec le titre "En route vers la démocratie. Les petites victoires du peuple congolais".

Dans son intervention, le Professeur a identifié 10 "petites victoires" sur lesquelles les acteurs politiques et de la société civile peuvent s'appuyer pour permettre à la démocratie de progresser, notamment : la victoire du peuple sur sa propre peur, la division des tenants du pouvoir, l'adhésion des Congolais aux mouvements de manifestation, les évolutions politiques, le rôle de l'Église, la mise en lumière du système néo-colonial et néo-libéral, et l'espérance.

 

La deuxième journée, sous la modération du politologue Christian Moleka,  a été articulée en deux points :  Deux conférences se sont penchées sur la CENI :

 

La première, présentée par Ithiel Batumike, a porté sur l'organisation des opérations électorales et la dynamique d'amélioration de la loi organique de la CENI ainsi que de la loi électorale.

La seconde, présentée par Valery Madianga, a abordé la gestion des fonds publics alloués à la CENI pour les élections.

Les experts ont dressé un constat critique sur le fonctionnement de la CENI, soulignant son instabilité institutionnelle, la partialité de ses présidents, des améliorations légales et institutionnelles partielles et sélectives, ainsi qu'une gestion opaque des fonds publics.

 

L'objectif des Journées Sociales 2024 est d’explorer des pistes pour crédibiliser la CENI et assurer un processus électoral crédible et consensuel, ainsi que de garantir une bonne gestion des fonds publics pour les élections de 2028.

 

La troisième journée a été animée par le modérateur Dirk Shaka, qui a dû faire face à une plénière très active composée de jeunes et d'activistes. Trois interventions ont été présentées :


Madame Ghislaine Kahambu Kambesa Aga a exposé le rôle et la participation des femmes dans la quête pour raviver la démocratie. Intervenant depuis l'Italie, elle a souligné que les femmes, de par leurs valeurs, peuvent apporter leur "lumière" pour illuminer la démocratie congolaise en crise. Elle s'est appuyée sur le concept de "leadership de l'unité" inspiré du mouvement Focolari, ainsi que sur les 7 valeurs féminines (créativité, paix, partage, etc.).


Monsieur Bienvenu Matumo de la Lucha a présenté des pistes sur la manière de travailler avec les mouvements citoyens.

Me Jean Bosco Lalo du CALCC a partagé sa vision sur la refondation de la société civile à partir des valeurs républicaines et démocratiques, afin qu'elle puisse jouer pleinement son rôle dans la reconstruction de la démocratie.

 

Madame Kahambu a insisté sur le fait que les femmes, à condition d'être prêtes et engagées, peuvent apporter leur "unité psychique" et leur "conscience collective" pour sauver le pays, en s'appuyant notamment sur le "leadership de l'unité" et les 7 valeurs féminines.

 

En somme, ces journées sociales ont rassemblé une diversité d'acteurs - intellectuels, politiques, humanitaires et de la société civile autour d'un objectif commun : raviver le rêve démocratique en RD Congo. Par ailleurs, la nécessité d'une mobilisation et d'un engagement citoyens a été soulignée, chacun étant appelé à porter haut les valeurs républicaines, au-delà de ses intérêts immédiats. Comme le souligne le sage Thierry N'landu, "la beauté de la lutte, c'est d'oser faire des choses dont on ne sera pas bénéficiaire immédiat".

 

 


 

Bénédicte MAVINGA

C.C/ BD ACE