TEMOIGNAGE DE LA PSYCHOLOGUE DU CENTRE MONSEIGNEUR MUNZIHIRWA

En tant que psychologue au Centre Monseigneur Munzihirwa, chaque jour m’amène à rencontrer des enfants qui portent le poids d'histoires déchirantes. Ces enfants, souvent qualifiés de « de la rue », sont loin d’être de simples statistiques. Ils sont le reflet d’une détresse psychologique profonde, souvent engendrée par leur propre famille.

Je me souviens d'une petite fille, l’air perdu, qui m’a confié qu’elle avait fui son foyer à cause de la violence de son père. Son récit résonne en moi comme un cri silencieux. Ces souffrances prennent racine dans des événements tragiques : le divorce des parents, le décès prématuré d’un parent, la maltraitance, ou encore l’abandon sous prétexte d’une prise en charge trop précoce. Chaque histoire est unique, mais toutes partagent une même douleur.

Il est profondément alarmant de constater que certains parents, au lieu d’assumer leur rôle protecteur, choisissent de rester spectateurs de ce drame. Un enfant est intrinsèquement vulnérable et a un besoin fondamental d’amour, de guidance et de protection. Ils portent en eux des rêves et des aspirations, mais ceux qui se retrouvent dans la rue subissent une double rupture : familiale et affective. Ils manquent d’attention, de protection et se retrouvent souvent confrontés à des rejets et à des discriminations.

Face au regard stigmatisant de la société, ces enfants se créent un monde parallèle. Pour survivre, ils développent des mécanismes de défense qui les poussent parfois vers l’agressivité, une manière de se protéger dans un environnement hostile.

Il est crucial que notre société prenne conscience de ce défi et s’engage à rompre le cycle d’abandon et de marginalisation. L’État a la responsabilité de mettre en place des politiques sociales adaptées, allant de la prévention de la délinquance juvénile à la réinsertion familiale et scolaire de ces enfants.

Mais cela ne peut se faire sans la mobilisation de la société civile. Nous avons besoin de davantage de centres d’accueil, de programmes de soutien psychologique et d’activités de formation qui permettent à ces enfants de retrouver leur dignité au sein de la communauté.

Les églises et les communautés de foi ont également un rôle essentiel à jouer. Elles doivent être des havres de réconfort, prêchant non seulement la charité, mais aussi l’inclusion et l’accompagnement concret de ces vies brisées.

Enfin, la famille, cette cellule de base de la société, doit être soutenue et responsabilisée. Elle doit cesser d’être un lieu de rejet pour redevenir un sanctuaire d’amour et de protection.

Chaque enfant abandonné aujourd’hui est une portion de l’avenir du Congo sacrifiée. Protéger ces enfants, c’est leur redonner une chance, et c’est aussi bâtir un avenir plus humain, solidaire et juste pour notre nation.

 

Propos recueillis par la psychologue CMM  Carmelie Niangi

Bénédicte MAVINGA. COMM/BD ACE